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Paicheler, après plus de 20 ans passés dans le Minervois,
ce doux sud de la France, vit et travaille dans l'âpre sud du Maroc
depuis 1999. À chaque sud, sa lumière et ce qu'il en donne
à voir, avec ce qu'il observe chez lui, dans ou autour de sa maison,
de l'atelier, des paysages aperçus. À l'intérieur
des cercles intimes dont il a défini le tracé, à
force d'errance. Tracés au compas d'une volonté tenace,
dont la particularité est de se nourrir aux pays de lumière.
La lumière marocaine l'emporte toutefois depuis quelques années.
Capable de produire des teintes d'une cruauté sans nom, d'une crudité
sans répit, d'une noirceur implacable, elle peut parfaitement faire
que le ciel soit perçu noir parce que trop bleu. Excitante au possible.
Après quelques décennies de pratique de la chose peinte,
comment ne pas répondre au défi d'un vert ébloui
de soleil au point de paraître bleu froid. Figé. Ainsi de
arganniers, série majestueuse sur l'arbre roi du Maroc.
En ces terres arides aux collines mouchetées d'arbustes, la terre
rouge devient de ce rose présent dans tant de ses toiles. Et ce
blanc existe-il seulement ? Entre petits pans de murs jaunes qui sont
ce que le village offre réellement à voir et ce jaillissement
de soleil, murs blancs et cieux sont débusqués dans la gammes
des jaunes...Mais rehauts, tracés, sillons surgissent parfois blancs,
issus d'un fond de toile non peinte.
À cet écrasement lumineux répond l'inconcevable
énergie de l'océan crachant avec fracas sa vie violacée
par les parterres de moules. Face aux collines ocres où posent
sereins quelques palmiers, princes des élégances en cette
terre berbère.
La lumière du soleil mord à l'oeil et la perception ordinaire
des couleurs s'en trouve dérangée. Mais à cela s'ajoute
une perspective proprement renversante : collines à pic, pans en
dévers. Et maisons en suspens, carrées incertains dessinant
les murs des petits cimetières ne semblant tenir que par des touffes
de végétation têtue. Cimetières étreignant
les collines avec une farouche candeur, constructions diverses nobles,
humbles, paraissant poser justement, aussi picturalement qu'abruptement.
Une nature ne se laissant appréhender que par une constante et
pénible ascension de l'oeil. Elever l'oeil, dans la lumière.
Ce que Paicheler traduit par des compositions plaçant le spectateur
dans une position dominante : trés haut et de face. Certaines toiles
donnent même une sensation d'appel du vide. Spectateur-plongeur,
on se jette dans ces constructions triangulées, on résiste
avec effort au vertige-effroi provoqué par les rochers à
marée basse. On s'éloigne avec des lignes d'horizon de plus
en plus hautes, jusqu'à s'abstraire dans des cieux triangles éclatants,
au bord, tout au bord, à la lisière frangée de la
toile...
Valérie Lafont
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